vendredi 22 février 2013

mardi 12 février 2013

Parizeau: une bellemèrisation qui remet le débat en perspective


L'intervention de Jacques Parizeau était presque prévisible. Il a pris l'habitude de surgir au moment « opportun » pour changer la donne et brasser les cartes. Ce qui laisse une certaine impression de bellemèrisation, mais n'est pas dénué d'intérêt.

Parce que les positions de cet économiste respecté, d'origine «bourgeoise», ex-premier ministre, ex-ministre des Finances et autrefois grand commis de l'État, que beaucoup de gens gardent haut dans leur estime, rejoignent des propositions parfois qualifiées d'extrémistes par plusieurs.

Pour certains, l'âge ne fixe pas les idées dans le ciment. C'est plutôt réjouissant. Pas surprenant que monsieur Parizeau ait toujours été un conférencier respecté auprès des étudiants.

Surtout quand à l'âge correspond une expérience accumulée sans pareille des affaires de l'État, remontant à son rôle crucial dans les balbutiements de la Révolution tranquille auprès de Jean Lesage. Ce qu'on appelle une vaste perspective.

Par la suite conseiller de Daniel Jonhson père, Parizeau rappelle qu'à l'époque, le consensus social appuyait le principe de la gratuité scolaire. Le gel alors décrété devenait un moyen d'aboutir passivement à une éventuelle gratuité, par un effet à long terme de l'inflation.

Tout cela n'est pas sans faire jaser. Michel David trouve la meilleure formule pour qualifier, avec son habituelle ironie, la sortie publique: « Son biographe, Pierre Duchesne, n’avait sans doute pas prévu qu’il subirait un jour les foudres de l’homme dont il a si bien documenté l’indépendance d’esprit. »

Et toc! Le ministre Stéphane Bédard qualifiait pourtant ce midi, à Radio-Canada, les propos « d'épiphénomène ». Vraiment?

De telles paroles sont perçues différemment lorsqu'elles proviennent par un « militant de gauche » ou bien par un « économiste respecté ». Dans le premier cas, on attaque aisément le « parfum idéologique » de gauche, mais dans le second, on doit réfléchir un peu plus.

Lorsque l'on constate les similarités entre les positions de Parizeau et celles d'organisations et de militants associés à la gauche, on est pourtant forcé de prendre un temps d'arrêt.

Il est tout de même intéressant de voir que monsieur Parizeau peut avoir un point de vue similaire à celui de Françoise David à propos de la taxation des institutions financières, de Foglia quant au sens à donner au Sommet ou même de l'ASSÉ quant à l'impact du déficit zéro! (Voir à la fin de ce texte) 

Le débat est donc relancé. On en parle aujourd'hui partout. Il est d'ailleurs aisé de faire le parallèle avec les soins de santé.

Certains croient qu'il faudrait mettre en place un « ticket modérateur », ajouter des frais accessoires, désassurer certains services, augmenter la part du privé, favoriser la mixité et donc créer de facto un système à deux vitesses. Pour « sauver le système ». Tout cela en lien avec le concept « d'utilisateur-payeur », applicable aussi bien en santé qu'en éducation.

Mais d'autres, dont je fais partie, luttent plutôt pour la protection du système public (partage social des risques et redistribution de la richesse), jugé non seulement souhaitable, mais essentiel au maintien à la cohésion sociale.

En dernière analyse, il s'agit toujours d'un choix de société. Souhaitons-nous plus de solidarité sociale ou plus d'inégalités (qui augmentent, faut-il le rappeler, malgré la croissance économique de la dernière décennie).

L'accès aux soins ou à l'éducation est-il une question relative ou bien un droit fondamental, donc à défendre? L'argent doit-il déterminer l'accès aux études et au système de santé?

L'intervention de Jacques Parizeau remet ce débat en perspective.

*

Quelques rapprochements intéressants au sujet des frais de scolarité:

Taxe pour les entreprises en finance :

«Selon les représentants de Québec solidaire, l'imposition d'une taxe aux entreprises financières à un taux de base de 0,8% permettrait d'atteindre un accès à une éducation postsecondaire libre de droits en seulement six ans.» – Françoise David

« Réimposer la taxe sur le capital pour les banques, ça ne me dérangerait pas, a-t-il poursuivi. Et on parle de quelques centaines de millions de dollars. Ce n’est pas rien. C’est au moins deux fois ce que le gouvernement [de Jean Charest] attendait de ses propres hausses. » – Jacques Parizeau



Sommet sur la santé :

«Puis-je poser une question qui n'intéresse peut-être personne? Sera-t-il aussi question d'éducation à ce Sommet sur l'enseignement supérieur? Ou seulement de financement, de sous-financement, de mal-financement?» – Pierre Foglia

Jacques Parizeau se dit convaincu de la nécessité de réfléchir à la mission des universités. « C’est de ça qu’il faudrait discuter d’abord. On se fixe un objectif, et ensuite, on cherche de l’argent, pas le contraire. À l’heure actuelle, on fait toujours le contraire. »  – Jacques Parizeau



Déficit zéro :

«Les services publics doivent passer avant le dogme du déficit zéro.» – @ASSESolidarité

« Le déficit zéro bousille tout. À partir du moment où vous fixez l’objectif zéro pour une date butoir et que ça devient une religion, vous cessez de réfléchir. On coupe partout, on ne se pose pas de questions » – Jacques Parizeau

dimanche 3 février 2013

La solidarité ministérielle de Line Beauchamp


J’ai un certain respect pour ceux qui s’engagent en politique, sachant qu’ils y perdront une part de leur liberté de parole et surtout le contrôle normal exercé sur une vie. À ce compte, le job de ministre n’est sûrement pas facile, notamment en raison de la solidarité ministérielle, qui assure la cohésion du gouvernement, mais oblige à taire ses convictions. 
J’ai souvent donné l’exemple du ministre Yves Bolduc, plus favorable au système de santé public que certaines décisions ne le laissaient penser – pas exemple pour le choix des PPP, pour lequel il est déjà apparu plutôt hésitant. J'ai tendance à penser que le ministre Réjean Hébert n'est pas très à l’aise avec les récentes coupures dans la recherche en santé, décriées
Aussi, je suis peut-être naïf, mais j’accorde à Line Beauchamp le bénéfice du doute quant à ses intentions: venant du milieu communautaire, ex-directrice générale de CIBL, était-elle à sa place dans le dur univers politique? Si on se doutait que l’ex-ministre Line Beauchamp avait été victime d’un stress intense durant la grève étudiante, on en apprend davantage dans cette entrevue avec Denise Bombardier. Une crise de l’ampleur de cette grève n’est pas de tout repos pour une ministre quand le gouvernement braque. Elle a visiblement laissé des marques.
S’il faut demeurer au moins compatissant, on ne peut en revanche faire l’impasse sur tout. Ce n’est « que de la politique », qui n’est pas tout, mais il s’agit quand même du centre gravitationnel de notre vie sociale. Line Beauchamp a choisi autrefois cette politique et vit aujourd’hui avec les conséquences de son engagement. Elle a contribué à aggraver des tensions qui ont eu raison d’elle.Elle a peut-être aussi été utilisée, comme elle l’admettait aujourd’hui.
J’y pensais aussi le 13 avril 2012 dans cette lettre ouverte: « Mais pour cela, il faut négocier. Avec de vrais mots, pas des formules. C’est que j’ai écouté une entrevue à Radio-Canada: vous récitez. Ces techniques sont peut-être efficaces, mais ne vous ressemblent pas. Vous avez changé depuis l’époque où, directrice générale de la radio CIBL, la langue de bois n’était pas votre marque de commerce. Et en répétant encore mille fois que c’est un boycott, vous ne réglerez rien de plus. »
Parce qu’avec la solidarité ministérielle vient aussi la responsabilité politique. Et avec l’engagement public, le jugement public. Qui peut être très dur. En acceptant de tenir fermement sa ligne, Line Beauchamp a fait preuve de solidarité envers le gouvernement. Mais elle en a payé le prix.
Elle n’est d’ailleurs pas seule : beaucoup d’étudiants y ont aussi payé de leur santé. Comme elle, ils n’oublieront de sitôt cette crise qui nous a tous secoués.

vendredi 25 janvier 2013

Paris en couleur


La mémoire nous joue parfois de drôle de tours. Forgée notamment par ces photographies vues et revues et les plus vieux films, davantage que par la peinture, elle a fini par nous convaincre qu'avant les années 1930, la réalité défilait en noir et blanc.

D'où un certain effet de surprise quand on parcourt ces magnifiques photos, recueillies sur un site diffusé sur Twitter par le chef blogueur Michel Dumais et l'économiste spécialiste de l'art Ianik Marcil.


Ainsi donc, Paris, au tournant du vingtième siècle, était bien une ville haute en couleur, flamboyante, rutilante même, loin de nos représentations photographiques et mentales.

Dans la technologie, la couleur est un événement récent, d'ailleurs chaque fois saluée comme un événement -- dans ma génération personne n'a oublié sa première télévision couleur

Il est toutefois complexe d'accepter que les innombrables photographies en noir et blanc sont bien contemporaines de la peinture impressionniste, où la lumière et la couleur deviennent l'objet même de la représentation, et décrivent la même réalité.  

Et pourtant, la magnifique exposition du Musée des Beaux-Arts de Montréal, qui vient tout juste de se terminer le 20 janvier, nous en avait justement montré des exemples clairs, notamment les Renoir, dans tous les sens du mot.

Prenez le temps de savourez des images.

Source de l'image: http://curiouseggs.com/extremely-rare-color-photography-of-early-1900s-paris/

mardi 22 janvier 2013

Affaire Dumont: quel est le motif?


Martin Dumont a-t-il berné la commission Charbonneau?
Il est vrai que ses versions ne souffrent pas d’un excès de cohérence. Des explications surgissent depuis dans les médias : a-t-il sciemment menti? Voulait-il se rendre intéressant?
On verra bien, mais c’est un peu court : ancien chef de cabinet au fédéral, il connaît la musique.
Au fait, c’était quand, le « vrai mensonge »? Devant la CEIC ou lors de l’interrogatoire « volontaire » qui a suivi? Quelle est la bonne version?
La vraie question, comme toujours, demeure le motif : pourquoi aurait-il menti? Pour servir quels intérêts – personne ne ment pour rien, à moins d’être un menteur pathologique. A-t-il reçu de « l’aide » pour « adapter » sa version? Si oui, de quelle âme charitable? Ou bien, n’était-ce là finalement qu’une fantaisie toute personnelle?
Au fait, suivons l’effet, il pourrait montrer la source: son premier témoignage nuisait à l’administration Tremblay, au milieu de la construction et même au crime organisé; alors que la version plus récenteembête pour sûr la commission et ses enquêteurs. Et lui-même, certainement : elle lui enlève toute crédibilité – ce qui va peut-être le soulager, au fait?
Alors quoi? Ne pouvant ignorer le risque de se parjurer devant une commission d’enquête, il a sûrement choisi, entre deux maux, le moindre. Pourquoi?

mardi 8 janvier 2013

La religion du hockey


Comme beaucoup de gens, j'aime regarder de temps en temps un bon match de hockey. Surtout en séries, quand ça joue « pour vrai ». Il m'arrive de crier quand « c'est le but! », comme à 6 ans en écoutant un match avec mon père. 

Et je me souviens de l'émotion associée à ma seule visite au Forum, alors que Steve Shutt avait compté le but gagnant à 22 secondes de la fin, pour conclure 6-5! J'ai même joué Pee-wee B... sans grand talent, il est vrai. 

Donc je n'ai rien contre : le hockey est accrocheur et les grands joueurs donnent souvent un bon show. Mais j'en ai contre nous, en fait contre ce que nous faisons du hockey, lorsque le délire explose, surtout dans les médias qui en font une religion. 

Alors oui, je pense parfois que nous sommes mieux quand le Canadien rate les séries ou durant un lock-out. Parce qu'on laisse plus de place à des enjeux importants et autrement occultés, d'une autre portée que celle du contrat de Subban. 

Bien entendu, si le hockey était moins commercial, peut-être que ça me dérangerait moins, mais c'est un vaste empire, aux billets inaccessibles à la majorité des gens, dont la survie repose sur une complicité douteuse avec la machine médiatique, qui rend ainsi service à beaucoup de monde, politiciens, dirigeants, etc. 

Du pain et des jeux? La première nouvelle du jour, ce matin, c'est l'annonce du camp d'entrainement des Canadiens. Et depuis le début de janvier, le hockey occupe au Québec 4 fois plus d'espace média que le second sujet... quoi déjà? Ah oui, un détail, le mur budgétaire américain. 

Alors... Go Habs Go?

vendredi 28 décembre 2012

Blocs opératoires: un REMIX en 2013?



Récemment, l’Hôpital Saint-François d’Assise de Québec annonçait une hausse du nombre de ses chirurgies de 6%, tout en diminuant les reports de chirurgies de moitié. Une bonne  nouvelle qui signifie qu’on peut dorénavant opérer plus de patients. Ce serait bien que chaque hôpital en fasse autant en 2013.
On se plaint à bon droit des difficultés d’accès aux blocs opératoires — et cela autant les chirurgiens que les patients qui doivent être opérés. Dans certains cas, les temps d’attente sont trop élevés et les journées de chirurgie trop limitées. On peut agir, mais la question est «comment»: à l’intérieur ou en dehors?
Doit-on tenter d’améliorer le fonctionnement des blocs eux-mêmes? Parce que c’est largement possible et permet de faire plus d’opérations. Ou bien doit-on mettre en place des soupapes — ces ententes avec des cliniques privées, par exemple, où on choisit d’envoyer les opérations mineures — qui demeurent cependant réalisées par les chirurgiens de l’hôpital?
Les moyens et les effets ne sont toutefois pas identiques: dans le premier cas, on améliore la productivité des blocs opératoires et on utilise mieux les ressources déjà existantes; dans le second cas, on délocalise des chirurgies, ce qui sous-entend qu’on ne pense pas pouvoir y arriver de l’intérieur.
Il n’y a pourtant rien de farfelu à vouloir améliorer le fonctionnement des blocs opératoires hospitaliers. Une telle manoeuvre avec notamment été réussie en 2008-2009, à l’instigation de la FMSQ et du MSSS, lors d’un travail d’organisation portant sur un grand nombre de blocs opératoires, exemple de ce qui peut aller mieux quand tout le monde se concerte et agit avec leadership dans le réseau.
Grâce à des mesures simples, relativement peu coûteuses, l’amélioration de la gestion, un certain investissement matériel, un meilleur roulement, on avait non seulement réussi à prouver qu’un plus grand nombre de chirurgies était possible, mais on l’avait fait: les mesures ont fonctionné et les résultats obtenus étaient probants.
Tout cela grâce à une courte visite d’experts, avec rencontre des différents intervenants, une liste d’améliorations souhaitables, des recommandations réalistes et un suivi.
La hausse conséquente de la productivité des blocs opératoires n’était pas du vent: des dizaines de milliers d’opérations supplémentaires chaque année. Une réussite n’ayant demandé ni firme spécialisée, ni investissement pour des consultants, ni expertise ésotérique: simplement une volonté d’améliorer les choses, des moyens efficaces et une approche interdisciplinaire.
Je n’ai pas eu connaissance d’effets néfastes sur le personnel, contrairement à ce qu’on entend aujourd’hui dans cette «optimisation» des soins à domicile, planifiée par la firme de consultants Proaction, qui paraît à tout le moins douloureuse sinon néfaste selon certains.
Et on pourrait faire encore mieux: de l’aveu même de ceux qui ont conduit l’exercice des blocs opératoires, on aurait pu obtenir encore davantage, jusqu’à 20% d’amélioration de productivité, ce qui aurait apparemment réduit les listes d’attente globales à moins d’un mois pour les chirurgies.
Pourquoi ne répète-t-on pas ce large exercice, fructueux, qui avait permis d’améliorer la productivité des blocs opératoires de 5 à 10%, voire 15% dans certains cas, et donc d’opérer plus de patients? Mystère.
Bien entendu, il y a aussi des limites. Ainsi, le Dr Pierre Fiset, ex-président l’Association des anesthésiologistes du Québec, impliqué dans les travaux, mentionnait qu’on pouvait améliorer la cadence pour les petites chirurgies, mais que, pour les chirurgies lourdes, qui nécessitent des ressources en aval de la chirurgie, il allait falloir plus largement réinvestir si on souhaitait s’améliorer.
Alors que va-t-on choisir? Des soupapes où on délègue vers des cliniques comme Rockland MD les petites chirurgies, celles-là mêmes dont on pouvait améliorer la cadence dans les grands hôpitaux? Ou bien un vrai travail de fond dans nos blocs opératoires?
Pourtant, les petites chirurgies délocalisées semblent coûter plus cher: de l’ordre de 11% en Grande-Bretagne, au Québec quelque chose comme 200$ de plus par chirurgie et au moins quelques centaines de dollars de plus par chirurgie en Alberta — les données à ce sujet sont concordantes.
Ma crainte principale est qu’en favorisant des soupapes externes, on oublie de travailler là où c’est le plus important: au cœur des blocs opératoires des hôpitaux publics.
L’amélioration de la productivité dans les hôpitaux publics est un enjeu important. Alors pourquoi ne pas répéter plus largement l’expérience de 2008? Cette amélioration notable aurait-elle fait hésiter un gouvernement qui semblait prôner davantage la délocalisation?
Peut-être qu’on ne souhaitait pas ainsi envoyer le «mauvais» message? Que c’est possible d’améliorer le réseau public de soins? Qui sait…
A l’image de ce qui s’est passé à l’Hôpital Saint-François d’Assise, je nous souhaite un remix de 2008-2009 en 2013 pour nos blocs opératoires.
Sur ce, bonne année, et surtout, bonne santé!


D'abord publié le 28 décembre 2013 sur ProfessionSanté

dimanche 23 décembre 2012

Santé: peut-on vraiment mettre Paris à Montréal?


À la suite du récent reportage portant sur le système de santé français, diffusé à Radio-Canada, on m’a souvent demandé si la solution à «nos problèmes» ne serait pas, justement, d’importer le tout en bloc?
Ça paraît idéal non? Mais c’est bien sûr impossible.
Un système de santé, vous le savez tous, c’est plus qu’un ensemble de solutions répondant à des besoins divers: éminemment complexe, se bâtissant sur des acquis anciens, évoluant à travers les décennies, il se déploie lentement au cœur d’une société et s’imprègne de toutes les facettes de sa culture. On ne peut ensuite aisément l’en détacher.
Bien sûr, on peut s’inspirer d’idées et de façons de faire et il y a plein de bonnes choses en France.
On peut ainsi être impressionné par la disponibilité des médecins de famille répondant dans les 24-48 heures aux besoins; admirer la régulation des services préhospitaliers; prendre plaisir à écouter mon ami Patrick Plaisance, chef des urgences de Lariboisière, montrer son urgence vide en s’excusant qu’elle soit plutôt pleine. Mais il y a des réalités fondamentales dont on ne peut faire abstraction.
D’abord les nombres: la France dispose d’environ 40% de plus de médecins et de 40% de plus de lits d’hospitalisation que le Québec.
Alors il faut bien dire qu’importer Paris à Montréal signifierait y ajouter six hôpitaux de taille moyenne et peut-être un millier de médecins.
Y aurait-il encore beaucoup d’attente si on y ajoutait tout ça? La capacité de soigner en France est largement supérieure.
Autre donnée incontournable: le revenu des médecins. Mettre Paris à Montréal signifierait aussi réussir à convaincre les médecins de couper leurs revenus d’environ la moitié. Une tâche ardue, puisque nous sommes en Amérique.
On voudrait bien jouir de cette disponibilité fort vantée des médecins pour répondre à tous les besoins dans les 24 heures, ce qui est très bien (et probablement faisable ici aussi, quoiqu’on en dise, si on se donnait la peine de changer nos façons de faire).
Mais aller à domicile, comme dans le reportage du journaliste Michel Rochon, pour examiner un enfant qui fait simplement de la fièvre, est-ce une bonne utilisation des médecins, déjà qu’ils peinent à suffire à la tâche en première ligne ici?
On ramène généralement de l’étranger de beaux souvenirs, mais il faut savoir qu’en France, il y a aussi des problèmes: l’arrimage privé/public se fait maintenant plus difficilement, davantage de Français renoncent à des soins par manque de moyens, l’abondance de médecins conduirait à une expansion d’actes inutiles, etc. Tout n’est pas si rose.
Il est donc hasardeux de comparer ainsi, que ce soit avec la France ou ailleurs, en pensant apporter des solutions un peu magiques à l’ensemble de nos problèmes et sans porter un regard plus large sur le contexte.
Importer le «système de santé français» au Québec et Paris à Montréal? Ça ne rentrerait pas. Sans compter qu’il faudrait importer les Français avec, vous vous imaginez…
*
D'abord publié le 19 décembre du www.professionsante.ca

vendredi 14 décembre 2012

Couvrir publiquement toute la radiologie


On taxe parfois ceux qui souhaitent améliorer l’équité du système de santé de rêveurs — et j’ai déjà lu bien pire. Mais il faut voir qu’un système plus juste permettrait également d’offrir des soins plus pertinents. Et permettrait à nos patients de mieux se porter. C’est pourtant clair.
La radiologie est la seule pratique où, faut-il le rappeler, la mixité est inscrite par règlement au cœur de la loi sur l’assurance maladie: si le patient est à l’hôpital, le radiologiste est payé par le public, mais si le patient se rend dans une clinique d’imagerie, c’est lui qui débourse.
Ce qui, en passant, est propre au Québec, parce que sous d’autres juridictions, par exemple en Ontario, la part privée de l’imagerie est beaucoup plus restreinte et ce phénomène est marginal.
Qu’arriverait-il si, demain matin, on décidait de couvrir publiquement l’ensemble de l’imagerie médicale, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hôpital?
Il arriverait ceci, qui est fort simple: chaque examen d’imagerie serait plus pertinent.
Oublions un instant l’impact sur l’offre radiologique globale (qui, selon plusieurs, et non des moindres, s’améliorerait), et sur les listes d’attentes (qui, selon les mêmes, diminueraient notablement).
Prenons comme hypothèse qu’une telle couverture n’aurait pas d’impact sur l’offre et ne changerait rien au nombre de tests réalisés chaque jour.
Alors? Les soins s’amélioreraient par un accroissement de la pertinence et un impact clinique conséquent. Comment? Ne faut-il pas améliorer la productivité et l’accès pour améliorer les soins? Pas toujours, si on joue sur la pertinence.
Ce n’est pas d’hier que l’on constate notre faiblesse dans l’évaluation et l’amélioration de cette pertinence.
Or, il serait aisé de rehausser la pertinence clinique en veillant simplement à ce que le besoin du patient détermine d’abord la priorisation de chaque examen. Ce que nous faisons constamment dans la partie publique du réseau.
On convient que l’accès aux soins n’est pas toujours aisé, en imagerie comme ailleurs. Mais nous parvenons tout de même assez bien à prioriser, dans les listes publiques d’attente, les patients dont les besoins sont les plus importants — par exemple en fonction de la gravité ou de l’urgence de la situation. De sorte que les plus malades passent avant les autres, ce qui est souhaitable.
En situation de mixité, c’est la capacité de payer — ou le fait d’avoir des assurances conséquentes — et non le besoin, qui détermine l’accès. Or, si les moyens déterminent l’accès à une part significative de l’imagerie au Québec, cette part est par conséquent soustraite à la pertinence, car le besoin n’est plus un facteur déterminant de l’accès.
Il est par ailleurs difficile de connaître l’ampleur de cette part privée et donc l’ampleur de cette distorsion en l’absence de données complètes sur le volume d’imagerie réalisé hors RAMQ. Mais c’est certainement une part suffisante pour engendrer un impact clinique défavorable.
Assurer une couverture publique de toute l’imagerie rétablirait le lien nécessaire entre le besoin clinique réel et l’accès aux tests: ceux qui ont des besoins plus significatifs retrouveraient leur «place». Chaque examen aurait davantage d’impact clinique.
Dans l’ensemble, les médecins poseraient des diagnostics plus importants plus rapidement et leurs patients s’en porteraient mieux. Ce qui serait un bon coup de pouce donné au système.
Mais encore? Nous avons au Québec plus d’appareils, plus de technologues et plus de radiologistes par habitant que la moyenne canadienne. Pourtant, nos délais d’accès publics sont malgré tout plus longs. Où est le problème?
Dans l’évaluation que Médecins québécois pour le régime public a produite dans son rapport annuel 2012, une hypothèse est proposée: la plus large part du privé dans la prestation d’imagerie fragmente l’offre de soins et la rend moins efficace, de sorte que chaque appareil est moins utilisé qu’ailleurs au Canada et que nos listes d’attente s’allongent.
Mais imaginez si, en plus d’améliorer la pertinence et de mieux répondre aux besoins, nous pouvions aussi augmenter l’accès global à l’imagerie. Nous aurions un système mieux intégré, plus cohérent, mieux coordonné, permettant d’obtenir plus rapidement des tests à chaque fois plus pertinents.
Pour y arriver, le chemin est simple: il faut retirer de la loi sur l’assurance maladie les exceptions qui empêchent la couverture publique de l’échographie, du scan et de la résonance magnétique quand ces examens sont réalisés hors hôpital (et depuis peu, certains examens ophtalmologiques réalisés dans le cadre du suivi du traitement de la dégénérescence maculaire).
Une couverture publique que peut décider d’implanter le gouvernement et contre laquelle il difficile de s’opposer, si vraiment l’intérêt des patients est le critère principal.
Le reste en découlerait: négociations pour s’entendre sur des tarifs raisonnables, intégration des listes d’attente, modalités pour protéger l’offre publique, gestion coordonnée de l’offre, etc.
Qu’attendons-nous? Qu’un autre patient soit diagnostiqué trop tard pour un cancer parce que les listes d’attente publiques sont trop longues dans sa région et qu’il ne pouvait se payer un scan dans le privé?
Je ne comprends tout simplement pas pourquoi ce dossier ne se règle pas sans délai. Et vous?
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D'abord publié sur Profession Santé le 10 décembre 2012

samedi 8 décembre 2012

Se souvenir de Tommy Douglas, un pionnier du système de santé


J’écoutais hier soir l’excellent documentaire The Healthcare, de Laurie Simons et Terry Sterrenberg, qui porte sur le système de santé canadien, mais d’un point de vue particulier: celui des Américains.
Il est toujours intéressant de s’observer dans le regard d’un autre pour mieux se comprendre.
On y décrit notamment la lutte inspirante que Tommy Douglas a menée pour mettre en place un système public de santé. Toute une vision humaniste chez cet homme!
Sur la base, les principes, la conviction, il était porteur d’une vision de la santé étonnamment avant-gardiste pour l’époque: celle d’un de service public où l’État veille à ce que toute sa population soit soignée.
La Saskatchewan a fait figure de proue. Mais tout ne s’est pas passé simplement, tant s’en faut.
Celui qui fut plus tard nommé «greatest Canadian» à un concours organisé par Radio-Canada s’est battu pour faire avancer sa vision des choses, qui conduira au premier programme d’assurance-maladie canadien en 1962.
Sur son chemin, comme ici en 1970, il a donc trouvé… les médecins.
Ces derniers se battaient, comme aux États-Unis d’ailleurs, contre l’avancée du «socialisme» sur fond demaccarthysme, cette peur frénétique de l’enfer rouge qui a fait reculer de multiples tentatives visant à fonder un système d’assurance maladie américain digne de ce nom.
Des opérations de pure propagande avaient fait fondre à moins que rien l’appui populaire des Américains pour un système de santé public, pourtant largement majoritaire après la Grande Guerre.
Ce qui fait qu’aucun président américain n’a pu faire aboutir un tel projet, pourtant considéré dans l’ordre des choses dans une majorité de pays occidentaux, mais qu’on voyait là-bas comme une hérésie.
D’ailleurs, les républicains comme les démocrates ont tenté le coup, ce qui peut surprendre aujourd’hui, mais à l’époque le clivage politique entre démocrates et républicains était moins marqué qu’aujourd’hui. Il faut dire queReagan n’était pas encore passé par là.
La confrontation avec les médecins allait donc être durement vécue en Saskatchewan. Opposition farouche à une «étatisation» de la médecine, pendant laquelle les médecins, jouant la corde sensible, entraînent le réseau de la santé dans une crise durant leur grève de 23 jours. On planifie même le transfert en Alberta des femmes dont la grossesse est avancée.
Mais les médecins finissent par entendre raison, et Douglas marquera l’histoire, tandis que son modèle allait être répliqué successivement dans les autres provinces, et plus tardivement au Québec — où la grève des spécialistes trouvera sa résolution dans les tourbillons de la crise d’Octobre.
Le discours de Douglas était franc, simple et pouvait se résumer en quelques mots: il faut soigner collectivement nos malades.
Aujourd’hui, ces luttes remarquables de l’époque sont quelque peu oubliées. Tout nous semble acquis, nous travaillons maintenant à la marge, amélioration ici, problème là.
Mais à l’époque, il s’agissait bien d’une révolution, d’un changement fondamental de paradigme, de la remise en cause d’une vaste réalité sociale. Grâce à des visionnaires comme Tommy Douglas qui avaient compris avant un peu tout le monde qu’il était important d’humaniser la société.
Nous avons envers lui un devoir de mémoire, pas seulement pour nous rappeler ses actions, mais avant tout pour mieux comprendre le présent.

D'abord publié le 3 décembre sur Profession Santé 

samedi 13 octobre 2012

"Privé de soins" est en librairie!

PRIVÉ DE SOINS 
EST EN LIBRAIRIE

8 semaines dans le top 10 du palmarès des essais québécois du Palmarès Gaspard-LeDevoir.

"Un opus coup de poing." Amélie Daoust-Boisvert, Le Devoir, 13 octobre 2012.

"Une défense informée, argumentée et bellement émotive de notre système de santé public. Vraiment bon." Louis Corneiller (critique au Devoir), Twitter, 13 octobre 2012.

"Le Dr Alain Vadeboncœur fait le point sur l’état du milieu de la santé et ses dérives actuelles ou potentielles. Mieux encore : il propose, dans une argumentation impeccable, des
solutions concrètes pour l’améliorer."Josée-Anne Paradis, Le Libraire, # 73.

"Un important essai qui se porte avec ardeur et sensibilité à la défense du système de santé public québécois." Louis Corneiller, Le Devoir. 20 octobre 2012.

"Texte engagé, basé sur solidarité et humanité, pour le réseau public de soins." Gyslaine Desrosiers, ex-présidente de l'Ordre des infirmiers et infirmières du Québec, sur Twitter.


Avaler la pilule"Critiquer le système public de santé sans y avoir mis les pieds est une chose; critiquer constructivement ses failles, tout en connaissant ses rouages comme le fond de sa poche, en voilà une autre. Le Dr Alain Vadeboncoeur offre, dans une argumentation détaillée, vulgarisée, honnête et sans faille, Privé de soins(Lux), son plaidoyer pour le système de santé public, pamphlet mettant à mal le système privé qui s’installe, sournoisement mais sûrement. Œuvre utile s’il en est une, ce petit ouvrage répond enfin aux attentes de ceux et celles qui font de l’accès au système de santé une priorité."

4e couverture:

"On entend souvent que malgré notre bonne volonté, nous n’avons plus les moyens de faire fonctionner notre sys­tème de santé public. Il coûte trop cher. Mais pour le Dr Vadeboncoeur, c’est un préjugé qui résulte d’une équation mal posée : si notre priorité est effectivement de soigner le mieux possible l’ensem­ble de la population, le système public est le plus efficace et le moins ­coûteux. À ce compte, nous n’avons pas les moyens de nous en ­priver.

À mesure qu’il propose des solutions concrètes aux défis posés par le maintien du régime public de soins, cet essai taille en pièces les mythes véhiculés par les promoteurs du privé : l’explosion des coûts de la santé, la supériorité du modèle ppp, l’efficacité du privé, etc. Rarement a-t-on vu un domaine où les faits appuient avec autant d’évidence la nécessité de défendre le bien commun."

jeudi 30 août 2012

Voter pour soi-même ou pour la cité?

Voter pour soi-même ou pour la cité?


On complique bien des choses dans le vaste débat sur la nature du vote. On peut pourtant simplifier.

Disons qu'il y a trois partis et quelques idées sur l'organisation de la vie dans la cité, ce qui est l'objet de la politique.

- Le parti A représente tellement bien toutes vos idées que c'en est émouvant.
- Le parti B en représente une bonne partie, disons 86%, mais ne vous mène pas au bord des larmes quand vous lisez le programme.
- Le parti C ne correspond qu'à 14% de vos idées, et de manière plus générale son élection vous empêcherait de bien dormir pour au moins quatre ans.

Supposons maintenant, simple hypothèse, que votre seul vote fasse vraiment la différence, de la manière suivante:

- Si vous votez A alors C est élu.
- Si vous votez B alors B est élu
- Et bien entendu je ne m'attends pas à ce que vous votiez C.

Supposons ensuite que vous soyez parfaitement informé de cette réalité.

Alors pour qui voterez-vous?

- Si c'est pour A, c'est ce qu'on appelle par simplification un vote par conviction.
- Si c'est pour B, c'est ce qu'appelle par simplification un vote stratégique.
- Si c'est pour C, c'est que vous n'avez pas pris votre café ce matin-là.

Le vote par conviction A permettrait dans cet exemple d'exprimer ainsi 100% de vos propres idées tout en soumettant la cité, c'est à dire les autres, aux idées C qui représentent très mal les vôtres.

Le vote stratégique B vous permettrait d'être en accord avec 86% avec vos propres idées tout en permettant à la cité de bouger dans cette même direction.

Une conclusion possible est celle-ci: le vote par conviction permet d'être en accord avec ses propres idées tout en feignant d'en ignorer les effets réels sur la cité.

vendredi 3 août 2012

Avertissement: risque de tonnerre politique cet été

Voilà pour la commission Charbonneau: c’est déjà tout, elle ne reprendra que le 17 septembre. Il y a eu de quoi donner la nausée, mais rien pour ébranler le gouvernement. Quant à la crise étudiante, elle va sûrement reprendre au retour des vacances. Constellation idéale pour déclencher des élections, non?

Et bien évidemment, surprise! Recasserole dans les rues, retour aux tensions sociales qu’on a vécues: loi 78, méfaits, durcissement – un contexte qui semble avoir fort bien servi le gouvernement Charest. Madame Marois, qui ne portera plus le carré rouge, pourrait avoir de la difficulté à se «repositionner» quand le vent étudiant soufflera de nouveau: pour ou contre? Pour, bien sûr! Mais alors pourquoi pas de carré rouge? Etc.

La suite est prévisible: durant la campagne électorale, on occultera les enjeux de fond et on polarisera le débat entre «l’ordre et l’économie» et «la rue et le carré rouge». Et comme les élections arriveront avant que la commission Charbonneau n’ait eu le temps de siéger utilement, il n’y a plus aucun risque de ce côté.

Les intentions de vote étant polarisées, on se dirigera sans doute vers un gouvernement minoritaire — PLQ ou PQ. N’y a-t-il rien sur le «radar» pour changer la donne? J’en vois deux.

Le premier: Jacques Duchesneau! Son rapport «bénévole» finira bien par couler! Ce que le PQ semble craindre autant que le PLQ, d’ailleurs. On s’imagine qu’on en trouvera donc pour tous les goûts, mais le mécontentement ne se reportera pas sur les petits partis, en raison de la «crise». Mais je ne voulais pas parler du rapport désintéressé, mais bien de l’homme intéressé! Imaginez ce fabuleux coup de théâtre d’été, coup de tonnerre: Jacques Duchesneau, devient candidat CAQ (après avoir été contributeur CAQ). Ce Monsieur net de la corruption, qui n’a peur de rien, va nous sauver!

Et un coup de tonnerre ne vient jamais sans échos: après Duscheneau, les sondages s’améliorant, notre bon ami Gaétan Barrette plongera lui aussi sans doute, la rumeur lui prêtant un fort penchant caquiste. Un autre Monsieur net sans peur et sans reproche, cette fois pour venir faire le ménage dans le réseau de la santé!

Avec une CAQ propulsée par l’annonce de deux candidats-vedettes, on pourrait rester surpris: gouvernement minoritaire PQ ou PLQ, soit, mais une balance du pouvoir CAQ de quel côté? PQ-CAQ nationaliste? Peu probable à cause des racines ADQ. PLQ-CAQ de la loi, de l’ordre et du grand ménage?

Hmmm. Il va tonner cet été, mais l’automne sera aussi chaud, n’ayez crainte!

samedi 28 juillet 2012

Barrette contre Barrette

Vous souvenez-vous du film «Kramer contre Kramer»? Pas moi. Mais il paraît que c’était bien. La rumeur dit qu’un remake distrayant s’en vient: «Barrette contre Barrette».

C’est que les mauvaises langues prêtent à mon ami Gaétan Barrette des ambitions politiques, le désignant déjà comme futur ministre de la Santé au gouvernement de François Legault – dit «le pragmatique».

Chose certaine, on ne s’ennuierait pas. Mais sachant que François Legault vient de promettre la réouverture des ententes fédératives, la situation pourrait être étonnante: assis à la table de négociations avec le futur président de la FMSQ, le ministre Barrette renierait la signature ministérielle, puis demanderait à son successeur d’agir de même avec la sienne, à défaut de quoi il signerait tout seul une loi spéciale abrogeant ladite entente.

Vous en conviendrez, ça serait compliqué pour rien: négociations, délais, déchirements, escalade verbale, lettres aux journaux, moyens de pression, population prise en otage, Conseil de la protection des malades, Amir Khadir aux barricades, Pauline Marois s’époumonant, le bordel… Donc une vraie perte de temps. Sans compter une autre cotisation spéciale. Non, il faut plutôt innover, faire de la politique autrement: «Le Québec peut et doit faire mieux!» comme on lit sur le site de la CAQ. Fort bien. Mais comment?

Moi, j’ai la solution: simplifier. Que Gaétan Barrette, ministre de la Santé, demeure aussi président de la FMSQ, voilà tout. Juste imaginer la prochaine négo, c’est déjà reposant: la même signature apposée de part et d’autre, les vraies affaires menées tambour battant. Prochain dossier. «Ensemble pour le changement.»

Mais ce n’est que de la politique-fiction: Gaétan Barrette n’a jamais annoncé qu’il serait candidat pour la CAQ, ni qu’il souhaitait quitter son poste de président de la FMSQ. Legault-le-pragmatique ne l’a pas encore désigné comme candidat. Ce ne sont que des rumeurs…

lundi 23 juillet 2012

Le docteur Bolduc a raison: l'amiante n'aura pas d'effet néfaste

L'amiante est évidemment un produit toxique, causant notamment le cancer, il n'existe plus beaucoup de controverse à ce sujet, sauf de la part de chercheurs souvent financés par les compagnies d'amiante elles-mêmes. Le consensus médical est écrasant. Il causerait plus de 90 000 morts par année dans le monde.

Par ailleurs, on semble avoir bien démontré que toutes les formes d'amiante sont toxiques, qu'il n'existe pas de 'dose minimale sécuritaire' et que l'utilisation sécuritaire de l'amiante, plausible dans une société où les normes de travail sont strictement régulées, est un leurre dans des pays où la sécurité des travailleurs est une notion largement hypothétique.

Prétendant le contraire, le gouvernement Charest a décidé d'accorder une subvention de plusieurs dizaines de millions de dollars pour relancer les activités de la mine Jeffrey, au grand dam de plusieurs organisations médicales et non médicales, pour qui cet argent devrait plutôt servir à diversifier l'économie de la région.

Dans ce dossier, la position de mon collègue Yves Bolduc est à tout le moins gênante, puisque son opinion va contre le consensus scientifique de plusieurs organisations médicales qu'il connaît bien et donc il est peut-être encore membre. L'une d'elles, le Collège des médecins du Québec, ne pourrait agir parce que ce n'est pas le médecin qui parle, mais le ministre.Est-ce un cas rare de dédoublement de personnalité? Je l'ignore. Je mettrais toutefois ma main au feu que le médecin en lui ne pourrait affirmer que cette décision controversée est sans conséquence sur la santé. Ministre: hors de ce corps!

Mais voilà, tout ceci restera un faux problème: la Presse nous apprend que le pays visé pour l'exportation de l'amiante tirée de la mine Jeffrey, la Thaïlande, pense justement en interdire complètement l'emploi. Et ça ne date pas d'hier: la résolution remonte à 2011 et son application devrait être en branle en septembre prochain! Oups! Mauvais timing? Le directeur général de la compagnie thaïlandaise visée pense toutefois que l'amiante n'a jamais été prouvé mortel et que de l'interdire là-bas équivaudrait à mettre à mort un innocent!

Il y a donc fort à parier que l'opinion médicalement douteuse du docteur Yves Bolduc sur la question était juste: la subvention pourrait n'avoir aucun effet néfaste sur la santé, puisque l'amiante ne sera peut-être tout simplement jamais exporté.

Quant à la décision du ministre Yves Bolduc, c'est une toute autre affaire, qui dépasse la compétence médicale. Je vous laisse en juger si l'exportation d'un produit interdit est économiquement judicieuse. Je n'ai pas dit: 'électoralement'.